Vendredi 10 juillet 2009

Annoncer la mort du socialisme. N’est-ce pas prématuré ?

Manuel Valls : Je ne sous-estime ni la force des mots, ni l’attachement aux symboles et à une histoire de luttes sociales. Des générations entières ont associé leur espoir au mot «socialisme». Mais cet attachement justifie-t-il de conserver un vocable quand la gauche a partout échoué à le mettre en œuvre ? A l’origine, Pierre Leroux a inventé ce mot pour faire pièce à l’individualisme : il y a là une dimension collective qui pourrait encore être utile. Mais socialisme a surtout très longtemps signifié socialisation des moyens de production, ce qui est aujourd’hui tout à fait impossible ! Créer une espérance pour le XXIe siècle en utilisant un concept ambigu du XIXe risque de brouiller notre identité. Il faut désormais privilégier la clarté du projet au fétichisme des mots. Un changement de nom serait un signe fort de notre rénovation.

Aquilino Morelle : Je crois que l’idée socialiste reste vivante. Les valeurs qu’elle porte - égalité, progrès, maîtrise d’un destin collectif - sont fortes et pérennes. Et sa mission historique n’est pas achevée : combattre, maîtriser un capitalisme qui devient sauvage lorsqu’il est livré à lui-même ; et proposer un modèle de développement différent. L’actualité du socialisme, c’est de continuer à encadrer le capitalisme tout en défrichant les territoires d’une nouvelle utopie. Une utopie qui échappe à l’«économisme», c’est-à-dire au primat accordé à l’économie. Quant à l’objection sur l’ancienneté du mot «socialisme», je rappelle que le libéralisme est né au XVIIIe siècle et que le capitalisme plonge ses racines dans le XVe siècle… Pas de fétichisme dans mon attachement à ce mot, mais la conviction que l’on ne peut être moderne que si l’on reste fidèle à son histoire.

M.V. : L’événement majeur, c’est l’effondrement du bloc soviétique. Depuis, le socialisme est ce «grand cadavre à la renverse» dont parle Bernard-Henri Lévy. Et «l’idée même d’une autre société est devenue impossible à penser», pour reprendre les mots de François Furet. Cette fin de l’utopie, les socialistes français ont refusé de la théoriser en 1983, au moment du changement de cap économique. Il faut réinventer la gauche en s’interrogeant sur les nouvelles formes de la question sociale et en partant de notre point de clivage fondamental avec la droite. Si la droite envisage les inégalités comme le produit inéluctable de la vie, la gauche les considère comme le résultat contingent de l’organisation sociale. C’est de cette différence essentielle que découleront nos propositions concrètes.

Il faudrait donc «réinventer le socialisme» ?

A.M. : Je suis favorable à revisiter le contenu du socialisme, mais il y a dans la prétention à le «réinventer» une manière d’effacer tout un héritage qui me choque. Manuel Valls évoquait Pierre Leroux : c’est lui qui a forgé le terme «socialisme», en 1830, par réaction non au capitalisme, mais à l’individualisme, déjà. Or, l’individualisme reste l’une des plaies de nos sociétés. Le socialisme, c’est l’émancipation de l’individu, pas le sacre de l’individualisme. Le socialisme, c’est aussi donner à la société une perspective de long terme : là non plus, il n’y a rien à réinventer.

M.V. : La gauche peut concevoir des utopies concrètes (la défense de l’environnement par exemple), mais elle doit renoncer aux utopies grandioses (comme une société sans classes). En outre, je ne partage pas la critique de l’individualisme exprimée par Aquilino Morelle. Jaurès lui même définissait le socialisme comme «un individualisme total et complet» ! Aujourd’hui, la gauche doit assurer par tous les moyens une meilleure distribution des chances pour garantir à chacun les moyens de sa propre autonomie. Son but ultime est d’aider chaque citoyen «à se frayer son chemin» comme le dit Anthony Giddens.

Au moment où l’Etat américain entre dans le capital de groupes privées, pourquoi la gauche européenne s’interdirait-elle de nationaliser ?

A.M. : En 1981, le PS voulait tout nationaliser, et à 100 % ! Aujourd’hui, il s’interdit d’évoquer le sujet. C’est absurde. Nous devrions être capables de proposer des nationalisations dans certains cas. Sans complexe.

M.V. : Le capitalisme est pragmatique et n’hésite pas à appeler l’Etat à sa rescousse quand il en a besoin. Oui, le cas échéant, des nationalisations partielles sont possibles. Si c’est moins cher et plus efficace, il n’y a pas de raison pour se l’interdire. Inversement, quand le gouvernement de Lionel Jospin a fusionné Airbus et Lagardère pour former EADS, ce n’était pas une privatisation, mais la constitution d’un groupe industriel européen.

Pourquoi la social-démocratie européenne n’a-t-elle pas tiré un profit politique et électoral de la crise ?

A.M. : La crise génère un climat d’anxiété et une demande d’ordre favorables à la droite. D’autant plus que celle-ci, par cynisme, nous a volé nos thèmes. Les mêmes qui, hier, étaient les chantres du libéralisme, se présentent désormais comme les apôtres du keynésianisme ! Et puis, la social-démocratie a été victime de son propre succès : ses valeurs ont diffusé, ce qui a dilué son identité. Enfin, elle a été sanctionnée parce qu’elle n’a pas su dénoncer le capitalisme, ses excès et ses dérives, avant la crise. Victime de l’intimidation libérale, elle s’est résignée à l’explosion des inégalités. Elle a baissé les bras et les citoyens européens s’en sont détournés.

Dans «Parti socialiste», il y a aussi le mot «parti», qui renvoie à une forme spécifique d’organisation collective. Faut-il abandonner cette forme ?

A.M. :Ce n’est pas la forme «parti» en elle-même qui pose problème, mais la difficulté du PS à assurer correctement les missions de tout parti : porter un projet, sélectionner ses candidats, faire l’éducation de la population et conquérir le pouvoir. Cette crise du PS a des ressorts puissants.

Le repli : il nous faut renouer le lien avec les syndicats, les associations, les intellectuels, représenter la diversité ethnique, culturelle, professionnelle de la France, s’ouvrir à de nouvelles manières de militer.

Le déni de la réalité : nous avons peur de nous-mêmes, d’utiliser un certain nombre de mots, de prendre certaines positions, nous peinons à trancher les débats.

La pulsion gestionnaire, enfin : trop souvent, les socialistes se sentent tenus d’en rajouter dans une course à la place de meilleur élève de la classe de gestion.

M.V. : L’idée selon laquelle un parti pourrait être, à lui seul, porteur d’un projet clés en main, capable de répondre à tous les problèmes, est condamnée. Le citoyen d’aujourd’hui est beaucoup moins passif et captif qu’hier. Il change d’opinion et va vers ce qui l’intéresse. Regardez ce qu’ont fait les démocrates américains : ils ont su élargir le corps électoral pour leurs primaires et se servir d’Internet pour construire un parti-société qui, du coup, a désigné Obama. Voilà ce vers quoi nous devons aller. Un parti ferme, un mouvement ouvre.

La rupture que vous préconisez est-elle une façon de tourner la page du 21 avril 2002 ?

M.V. : Aujourd’hui, le PS dévore ses enfants. Il y a une génération qui a failli. Il faut qu’elle passe la main. Le 21 avril 2002 agit comme une brûlure, qui continue de produire ses effets. Les années Jospin ont été des années de gouvernement de qualité, très professionnelles, sans scandale, avec une forme de morale dans l’action gouvernementale, mais qui ont manqué de théorisation, d’un accompagnement en termes de projet et d’idées. Nous avons bien géré, mais sans créer une perspective, sans redéfinir ce qu’était le socialisme ou la social-démocratie à la française.

A.M. : Le 21 avril 2002 conservera toujours une part de mystère. Néanmoins, je pense que cet événement a correspondu à la fin de trois cycles. La fin d’une parenthèse électorale, celle de la victoire surprise et acquise de justesse de la gauche plurielle en 1997. La fin du mitterrandisme, c’est-à-dire de la révision de la doctrine socialiste face à la réalité, en particulier européenne, engagée en 1983. Et enfin l’achèvement du cycle d’Epinay ouvert en 1971. Oui, une nouvelle génération doit faire naître un nouveau PS.

Le 21 avril a laissé sans réponse la question du rapport entre le leadership et le projet. Par lequel faut-il commencer ?

A.M. : Il est irénique d’imaginer qu’on pourrait d’abord rédiger un projet, puis choisir un candidat qui le porterait. Un programme, cela nécessite de trancher un certain nombre de points, et donc un leadership. Et l’élection présidentielle structure notre vie politique. Si nous sommes pour un changement de République, il faut le dire et l’assumer. Sinon, il faut être capable d’affirmer un leadership.

M.V. : Depuis 2002, le PS répète : «On va d’abord débattre, on va d’abord faire un projet.» C’est une tartufferie ! Compte tenu de la personnalisation croissante de la vie politique, il n’est plus possible de traiter du leadership après les questions de fond. Ceux qui veulent être candidats sont porteurs de propositions et d’idées. Mais ils s’avancent vers les militants - ou vers les électeurs de gauche en cas de primaires - en affirmant un leadership, c’est-à-dire un style, une manière d’être, une vision pour le pays, une méthode de gouvernement.

Par jean jacques
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Lundi 21 juillet 2008
Par jean jacques
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Jeudi 10 juillet 2008

Le gouvernement par interpellation publique, par Patrick Jarreau


Le règlement de l'Assemblée nationale permet à un député mis en cause par un orateur, dans l'Hémicycle, de demander la parole pour "fait personnel". Elle lui est généralement accordée au début de la séance suivante. Avec un président tel que Nicolas Sarkozy, il faudrait introduire une disposition de ce genre dans la Constitution. Quelque chose comme : "Tout citoyen mis en cause par le chef de l'Etat peut demander la parole dans l'émission suivante". C'est ce qui se passe sans que la Constitution le prévoie.

Patrick de Carolis, président de France Télévisions, a répondu sur RTL, mercredi matin 2 juillet, aux propos du président de la République critiquant la programmation des chaînes publiques. La démission du général Bruno Cuche, chef d'état-major de l'armée de terre, répondait, mardi, au qualificatifd' "amateurs" décerné aux militaires par le président, chef des armées, lors de sa visite à Carcassonne, après l'accident provoqué par un sous-officier. Peter Mandelson a rejeté les critiques de celui qui préside le Conseil européen pour les six mois à venir et qui l'a accusé de "sacrifier l'agriculture sur l'autel du libéralisme mondial". Le commissaire européen au commerce, ancien conseiller de Tony Blair, a été ostensiblement absent du dîner auquel était invitée la Commission, à l'Elysée.

Nicolas Sarkozy invente une nouvelle méthode de gouvernement. C'est le gouvernement par interpellation publique. Le président de la République "se paie" tel ou tel responsable qui a le tort de lui déplaire. Il adresse des remontrances publiques à de hauts fonctionnaires, civils ou militaires, placés, d'une façon ou d'une autre, sous son autorité.

Et voilà que les intéressés répondent, ce qui est tout aussi inhabituel : réponse silencieuse pour le général Cuche, fidèle aux principes de la Grande Muette ; réponse peu britannique pour le commissaire Mandelson, qui a certes commencé par une litote en jugeant "décevante" ("disappointing") la charge du président français, mais lui a reproché ensuite rien de moins que d'"affaiblir la position de l'Europe dans les négociations commerciales internationales" ; réponse étonnamment irrespectueuse de Patrick de Carolis, déclarant "faux", "stupide" et "injuste" le point de vue exprimé par le chef de l'Etat au sujet de la télévision publique.

Il est arrivé que Nicolas Sarkozy réponde à un quidam qui l'injurie. Maintenant, c'est à lui qu'on répond. Les conflits et les épreuves de force, inhérents à l'exercice du pouvoir, se transforment en querelles d'hommes, le chef de l'Etat ayant tendance à faire une "affaire personnelle" de tout dossier qu'il lui revient de trancher. On voit venir l'argument du refus de l'hypocrisie, qui a déjà servi sur d'autres sujets : le pouvoir est personnel et brutal par nature, et les présidents précédents réglaient leurs comptes avec ceux qui ne pliaient pas devant eux, la différence étant qu'ils enrobaient davantage leurs coups.

Sauf que le respect des formes est aussi respect des fonctions et des hommes. A trop malmener le statut de ceux avec qui il est en désaccord, le chef de l'Etat prend le risque que le sien lui soit contesté, dans le secret des consciences sinon publiquement. Quand il démissionne, le général Cuche s'incline devant l'autorité du président. Mais Peter Mandelson prend à témoin l'Europe de sa discorde avec le premier dirigeant du pays qui préside l'UE. Et Patrick de Carolis polémique avec le chef de l'Etat qui est son actionnaire.

Le prince ne peut invoquer l'ordre qu'à condition de s'y conformer lui-même. Sinon, la tyrannie pointe son nez, et la résistance devient légitime.

 

Par jean jacques
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Jeudi 10 juillet 2008
L'institut CSA réalise des études marketing, des études d'opinion dans tous les secteurs économiques et des études politiques. C'est l'un des leaders sur le marché français.

Avec tous les instituts de sondage aux mains du CAC 40, on va se marrer. On nous dira tous les jours que les français sont d'accord sur tout avec le gouvernement, qu'il sont même jopyeux de la baisse de leur pouvoir d'achat (lol).
Par jean jacques
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Mercredi 4 juin 2008
Par jean jacques
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Mercredi 4 juin 2008
Par jean jacques
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Dimanche 1 juin 2008
http://gauchedesluttesacreteil-lcr.over-blog.com/article-20068928.html
Par jean jacques
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