Michel Noblecourt est éditorialiste à "Le Monde". Il a répondu au chat
Brise20 : Pourquoi M. Hollande ne veut-il pas se représenter à la tête du PS ?
Michel Noblecourt : Sur le papier, oui, puisque si elle conserve le score qui était le sien lorsqu'elle a été désignée candidate (60,65 % des suffrages des militants), cette audience dans le PS, elle peut tout à fait s'imposer comme premier secrétaire. Mais je ne suis pas sûr que ce soit son ambition. Pour deux raisons : la première, c'est qu'elle n'est pas une familière de la vie d'un parti. Elle a toujours évolué en marge de l'appareil socialiste. Elle s'est même dressée plusieurs fois contre lui au moment de la primaire, et on a vu dans sa campagne qu'il y a eu des dysfonctionnements entre elle et le PS.
Donc je pense que la direction du PS n'est pas vraiment sa tasse de thé. Elle préférerait avoir un proche, un fidèle à la tête du parti, dans une relation moins complexe que celle qui était la sienne avec l'actuel premier secrétaire, dans la mesure où c'est son compagnon.
Deuxième raison : elle vise plus haut. Ce qui l'intéresse, c'est la reconstruction d'une nouvelle gauche, avec de nouvelles frontières. C'est un peu ce qu'elle a dit après sa défaite. Je pense que l'idée qu'elle a en tête, c'est une sorte de fédération, d'arc-en-ciel réunissant plusieurs familles politiques dans une sorte de coalition qui pourrait aller du PS au centre, en passant par un certain nombre de formations qui se trouvent à l'heure actuelle à la gauche du PS. Dans l'idéal, il faudrait faire venir ce qui reste du PC, les amis de J.-P. Chevènement, et peut-être une partie du courant altermondialiste qui a tenté de s'agréger autour de Bové dans sa campagne. L'extrême gauche de Besancenot, cela m'étonnerait, car elle n'est pas intéressée par le pouvoir.
Je pense que l'ambition de Ségolène Royal serait plutôt de prendre la tête de cette coalition, plutôt que de s'engager dans une bataille d'appareil pour prendre la direction du PS. Cette fédération, c'est ce qui s'était fait en 1965. F. Mitterrand avait créé la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, qui comprenait plusieurs partis, dont le PS, mais sans le PC et sans le centre.
Legrec : Dominique Strauss-Kahn peut-il réellement prendre le poste de Premier Secrétaire du PS après sa lourde défaite (partagée par Laurent Fabius) lors de la primaire interne du PS en novembre dernier ?
Michel Noblecourt : Je ne suis pas totalement convaincu que DSK veuille être premier secrétaire. Il ne l'a pas dit, il a dit qu'il voulait jouer un rôle important dans la rénovation du PS. Je pense qu'en tout état de cause, à moins de bénéficier du soutien des amis de Ségolène Royal et de François Hollande, ses chances de l'emporter seraient faibles. Il faut savoir que DSK n'avait pas déposé de motion au congrès du Mans, et lors de la primaire, il a été lourdement battu. Il avait obtenu 40 points de moins que Ségolène Royal. Sur le papier, il a donc peu de chances de devenir premier secrétaire. Lui aussi peut choisir la même méthode que Mme Royal et essayer de mettre un proche à la tête du PS.
Bibi : Quel est l'avenir politique de Laurent Fabius ?
Michel Noblecourt : L'avenir politique de Fabius, je pense qu'il est plutôt derrière lui... Fabius a connu pas mal d'échecs dans la dernière période, il n'a pas réussi à créer une dynamique ni autour de la gauche ni autour de sa personne. Il avait présenté une motion au congrès du Mans en 2005. Il avait été lourdement battu, avec 21 % des suffrages. Et encore plus lourdement battu à la primaire socialiste (environ 18 %). Son courant traverse un peu une crise existentielle, et certains de ses amis commencent à se demander s'il ne faut pas envisager d'autres voies pour rénover le PS.
LES CHANCES DE LA NOUVELLE GÉNÉRATION
Renouveau : Quels sont les quadras en situation pour diriger le PS ? Manuel Valls ? Arnaud Montebourg ? Vincent Peillon ?
Michel Noblecourt : Manuel Valls a des atouts incontestables, car effectivement, c'est un jeune, qui incarne bien la relève générationnelle. Il est maire d'Evry, député. Il a eu des responsabilités au conseil régional d'Ile-de-France. Il a eu des fonctions à la direction du PS. Il a l'avantage d'avoir été à différents moments proche de la plupart des dirigeants du PS : Jospin, Hollande, DSK. Il a été même à un moment proche de Fabius, puisqu'il s'était prononcé pour le non à la Constitution européenne. Il a donc eu des alliances variées dans le PS et incarne aussi parfaitement une volonté de rénovation du PS. C'est donc un candidat qui à mon avis pourrait convenir à DSK.
Arnaud Montebourg, c'est plus compliqué, car lui était vraiment dans la minorité du PS. Il faut se souvenir qu'au congrès du Mans, il avait refusé la synthèse, et qu'ensuite, il s'est rallié à Ségolène Royal. Mais je pense que la popularité de Montebourg dans le PS est assez faible, qu'il désoriente souvent les militants par des prises de position jugées parfois un peu trop opportunistes. Par ailleurs, il a un grand problème, celui de se faire réélire député dans sa circonscription de Saône-et-Loire, sachant que Ségolène Royal y a été battue par Sarkozy le 6 mai. Il a donc un combat difficile à mener, et s'il était battu, cela lui couperait la voie d'un poste de premier secrétaire du PS pour un moment.
Quant à Vincent Peillon, lui aussi, comme Valls ou Montebourg, incarne la nouvelle génération de quadras dont le PS a fortement besoin à mon avis. Il a aussi des avantages en ce sens qu'il a toujours été favorable, depuis 1994, à la rénovation du PS. C'est chez lui un combat très ancien. Il s'est impliqué dans la fondation du Nouveau Parti socialiste, courant qui portait cette volonté de rénovation du parti. Il a aussi un problème électoral : se faire élire député. Par ailleurs, son parcours a été un peu sinueux par rapport aux différents courants du PS dans la dernière période, dans la mesure où il a soutenu François Hollande, a été son porte-parole, a ensuite milité pour le non au référendum sur la Constitution européenne. Ensuite il s'est fâché avec Montebourg au congrès du Mans. Puis il s'est rapproché de Ségolène Royal. Son principal atout aujourd'hui, c'est qu'il est devenu un proche de Mme Royal. De même que DSK pourrait être tenté de jouer la carte Valls, Ségolène Royal pourrait être tentée de jouer la carte Peillon.
Autre carte que Ségolène Royal peut jouer, peut-être plus sûre au niveau du résultat mais qui aurait l'inconvénient de ne pas opérer cette relève générationnelle : la carte de François Rebsamen. C'est le n° 2 du PS actuellement, il est maire de Dijon, il n'est pas député, et au PS c'est celui qui a la responsabilité des fédérations. C'est un homme d'appareil, qui connaît bien les fédérations socialistes. Il avait l'avantage d'être à la fois proche de Ségolène Royal et de François Hollande, et qui pourrait donc se poser un peu en candidat du consensus, pour justement permettre aux différents courants du PS de se retrouver. Mais son principal inconvénient, c'est que ce n'est pas un quadra, il ne peut pas incarner ce renouvellement générationnel qui semble très désiré par les militants socialistes.
Jean-Louis Bianco, je n'y crois pas du tout. Il a le même avantage que Rebsamen car il est proche de Ségolène Royal, mais il ne faut pas négliger le fait qu'il est de 1943, il a donc 64 ans. Il a été collaborateur de Mitterrand, ministre, il est maintenant député, mais il n'a jamais joué de rôle dans l'appareil du PS.
gerard : Que pensez-vous de la "tête montante" du PS : Benoit Hamon ?
Michel Noblecourt : La tête montante, je ne sais pas. C'est un jeune militant qui a commencé sa carrière comme président du Mouvement des jeunes socialistes. Il a été très proche de Martine Aubry. Il était très hostile au départ à Ségolène Royal et soutenait plutôt la candidature de Jospin. Il était également partisan du non au référendum de 2005. Il a l'avantage d'être très jeune, puisqu'il a 40 ans, mais je pense qu'il est trop tendre. Il a besoin de faire un peu ses classes, son chemin dans le PS avant d'envisager d'en être le premier secrétaire. Il fait l'apprentissage de la vie politique, il est député européen.
Autre inconvénient : il avait soutenu Fabius lors de la primaire socialiste, donc il est un peu marqué de ce côté-là. Je pense donc que ses chances sont très limitées. Mais c'est un jeune très talentueux qui peut figurer dans la direction du PS, qui a besoin de jeunes pour incarner la nouvelle génération. Et les trentenaires ne sont pas très nombreux au PS.
Mimi : Qui va prendre la tête du PS, un petit pronostic ?
Michel Noblecourt : C'est un peu difficile à dire, car il faut déjà savoir quand le congrès a lieu. Si le PS connaît une lourde défaite aux législatives, il se pourrait que le congrès ait lieu au début 2008. Je pense qu'aujourd'hui, la personne qui aurait le plus de chance d'être premier secrétaire, c'est Rebsamen.
Mais en même temps, je pense que la compétition va se déplacer assez rapidement entre des plus jeunes. Elle pourrait opposer Valls et Peillon, et dans cette hypothèse, je donnerais un avantage à Manuel Valls. Si la défaite aux législatives est relative et que le congrès a lieu en novembre 2008, cela redistribuera les cartes. Là, ce serait une nouvelle génération qui prendrait la relève.